mardi 4 juin 2019

L'homme détruit (1)




Il serait peut-être temps d’assumer de partir du mouvement de la parole. Classe. Qui dit cela ? Que pense-t-il quand il dit cela ? Et en ce qui nous concerne ici,
Elle part quand la parole ?
Fin décembre ? Début janvier ?
Même les dates de ma propre vie je ne m’en souviens pas.
Il faut que je les cherche, que je les retrouve. Naissance : le 17, naissance de qui ? Naissance du petit : le 2. Petit, petit, est-ce que c’est bien de l’appeler comme ça, le petit ? En tout cas ça rappelle d’où tu viens, on dirait comme ça de par chez toi : le petit. Enfin une partie des tes ascendants aurait dit comme ça. C’est sincère. C’est involontaire. C’est signé.
Bien. Passons à autre chose.
On n’existe pas. Enfin : « on » n’existe pas. Sinon j’aurais dit : on existe pas. C’est une phrase de psy, de mon psy : au cours d’une interview que je donnais allongé sur son canap et dans lequel j’étais pas mal en roue libre, il ou elle me coupe et me dit qui ça « on » ? « On » ça n’existe pas. Faudrait presque un point d’exclamation pour que ça tranche mais y avait pas tant d’émotion : une vérité définitive n’a pas besoin de se nourrir d’une quelconque émotion. Sèche.
Mais si, le couple, la famille, les gens, le groupe. Que j’avais rétorqué, timidement. Agressivement parce que timidement.
Ça n’existe pas. Ne vous faîtes pas plus bête que vous n’êtes.
Cette dernière phrase je la rajoute maintenant mais elle a dû être prononcée à un autre moment, une autre occase.
Bien.

Mais on s’est retrouvé entre deux feux, ça devait être fin décembre. Il faut que je demande aux autres….
ça avait commencé avec un tract, on était tous à peu près d’accord pour dire qu’on dénonçait, disons qu’on refusait la violence de tout le monde. Et puis au dernier moment l’un d’entre nous, ou l’une d’entre nous, a dit qu’on ne pouvait pas mettre sur le même plan la violence policière, la violence d’Etat, putain de majuscule, et la violence lycéenne, et la violence des casseurs. On, une partie de on, a répondu que la violence lycéenne on ne la dénonçait pas car les lycéens n’étaient pas violents si ce n’est périphériquement, si ce n’est principalement pour se défendre mais que la violence des casseurs oui. Alors il ou elle a dit qu’il ou elle ne pouvait pas signer le tract. Parce qu’on était ici pour dénoncer la violence policière, la violence d’Etat, et c’est tout. Pour ce qu’ils en avaient à foutre, soit dit en passant, ceux qui n’allaient pas lire le tract.
Les généreux fascistes.
Le tract on l’avait dicté, rédigé, commenté au bar. Enfin pas vraiment un bar, un café restauration à quelques encablures du lycée. On y avait pris des habitudes, on s’y rendait tous les matins de blocage. Il se la jouait Liverpool, on aurait dit, des briques à l’anglaise sur les murs. Mais le café est bon et souriant. Et il fait chaud dedans. Parce qu’on va pas rester des heures non plus à faire les pieds de grue dans le froid : on reste si des poubelles brûlent pour contrôler que personne ou rien d’autre ne crame mais dès que la température baisse, café.
Qu’est-ce qu’un blocage : les lycées mécontents, à raison, de réformes empêchent les professeurs, complices évidemment, les putes lâches (je), pire encore, manipulateurs de cerveaux prêts à tout pour ne pas travailler, les lycéens mécontents donc et n’ayant d’autre moyen de faire remonter leur mécontentement bloquent les entrées du lycée avec les poubelles du quartier, grimpent dessus et selon stagnent gentiment, dansent, crient, agitent des banderoles tellement faites à l’arrache qu’on dirait qu’elles ont été bombées en 1977. Au début.
Donc blocage, un jour, deux jours, une semaine, deux semaines, un mois, presque deux mois ! Belle stat. Ça en fait des cafés vendus et achetés. Des viennoiseries. Pour finir sur le tract et un peu parler bagnole, aller voir comment ça s’est passé sur le terrain je me souviens qu’après ce micro débat sur l’origine des violences et le discours officiel qu’il convenait d’adopter face à elles, je suis rentré à la maison en pestant, me suis abruti devant facebook et ai vu ce « com » d’un vieux roublard un peu communiste mais plus que cela, et je dis cela sans même savoir qui c’est, magie de la communication : casseurs, alliés objectifs de la police.
Donc la casse, la rue, les bagnoles.
C’était comment ?


jeudi 30 mai 2019

Préambule de l’homme détruit – alambiqué aux petits oignons.


Si je me souviens bien et dieu sait s’il s’en souvient, et si j’ai envie de savoir s’il s’en souvient j’ai qu’à l’appeler et lui demander au lieu de me poser des questions, si je me souviens bien donc, Max et moi avions un sujet, petit, de dispute, petite, lié au titre d’une bd des XMen : « Dieu crée l’homme détruit ». Pas de ponctuation dans le titre.
Lui lisait, et je pense qu’il avait raison, mais qui ça intéresse qu’on ait raison ? : Dieu crée le monde et l’homme détruit le monde. Et moi je lisais : Dieu crée un homme déjà détruit.
Bon.
Je ne peux maintenant m’empêcher de penser que si je refusais son interprétation, à le Max, c’était certes un peu pour le faire chier car bien sûr ce qui me plaisait le plus c’est que puissent se superposer les deux lectures, mais aussi, je m’en rends bien compte, parce que je voulais bien accepter l’idée que l’homme détruise mais que cela implique que dans un parallèle saisissant dieu crée, ça m’allait pas trop. Alors qu’à la rigueur Dieu crée un truc un peu merdique, un peu raté, un peu détruit ça va, ça le met bien à sa place.
Non que je veuille manquer de respect à Dieu.
D’abord je suis trop lâche pour ça. Pas d’hybris ici, ici ou ailleurs, trop peur des conséquences.
Ensuite j’ai trop d’amour pour ça. Non mais c’est vrai… de considération, disons. Je considère l’existence de l’autre.
D’ailleurs il paraît, selon des potins de salon entendu sur les bandes des microphones que tel Franquin je laisse traîner partout pour un peu savoir ce qu’il se dit, qu’un de mes problèmes, défauts, tares, c’est que… mais on en parlera plus tard.


L’homme détruit

mercredi 12 septembre 2018

Stu10, eux : The bea and the shy guy

De retour de Grenoble, après péripéties et joutes -une autre fois, les péripéties et joutes.
De retour de Grenoble, à l'essentiel, à l'os, au coeur: de retour de Grenoble sur le parking, comme toujours, de l'hôtel de la musique.

Sur le parking, Christ-Florence et Clem-Clem se regardent dans les yeux, légèrement fébriles. Christ-Flo n'a qu'une arme mais quelle arme! Le disque de Le Stu. Clem-Clem, double pistolero de métier a dans les étuis de sa cartouchière le disque de HKB et Le banc de touche, de lui-même. Nous autres, on cesse de vider le camion et de ranger le matos: le temps ne ralentit pas, il s'arrête, une botte de paille passe. Le regard de Guy-Laurence va de l'un à l'autre des duellistes, des uns aux autres des spectateurs: les deux Laser, Rob et Art, les deux Stu qui restent: Esther ou Celeste, Marie-Marie ou Agnès-Agnès, il ne sait plus et il s'en fout, ça le fait chier ces changements permanents de nom, Alain-Brigitte, mon cul, et ses yeux font un tour complet, se tournent dans leur orbite pour regarder dans la cavité de son cerveau lassé.
Le vide? Une araignée?
Le plein: tous les souvenirs à la cave et derrière un des tas de breloques, un coin caché en bas à droite, un petit miroir à loupiotes sur lequel est écrit au rouge à lèvres, ou peut-être que c'est écrit au néon fluo qui clignote: The bea and the shy guy.The bea and the shy guy. Dans un dernier réflexe pudique, pour pas qu'on voie que ses yeux sont tournés vers l'intérieur ou que sous l'effort il pleure, Guy Laurence ferme ses paupières.
Alors c'est une précaution inutile parce qu'il porte des lunettes de soleil, que le temps est arrêté et que tout le monde regarde, attend, le dénouement du duel au parking et...
Ta gueule: raconte l'histoire de The Bea and The Shy Guy, ça nous fera des vacances.... de toute façon, le temps que les autes pds dégainent...
Homophobe!
Jdis cqujveux, suis hermaphrodite.
Ok. L'histoire sera racontée par un petit gros blanc bec qui porte un jean très large troué, partout, et tombe mollement sur une paire de Nike blanche semi montante. Et un marcel de basket: Jordan23: l'histoire se passe à New York, 1997.
A l'époque Guy-Laurence ne s'appelait que Guy et était guitariste chanteur dans un groupe de... de tout ce qui a bon goût, mec, qu'il avait monté à Angoulème avec son pote Cactus (Gérard Picpus, oui il existe vraiment lui aussi, sur la carte d'identité), clavier, guitare, batterie, chant, machine. Bouillonnement créatif... ça commencait à marcher - bar, petites salles, essor.
Moi, le narrateur, je ne portais pas encore le numéro 23 Jordan que j'achèterai trois semaines plus tard mais j'avais prévu d'aller voir Béa qui travaillait à New-York et pour me payer le voyage je faisais la cueillette des pommes. J'y avais rencontré Guy, il avait dit à Cactus, des amplis on en a déjà, le cave, là, il a une copine à NY qui a un grand appart à Brooklyn, viens on y va.
Ok.
Et yohoho une bouteille de cidre. - Pas de cidre avec ces pommes, trop dangereux.
A l'aéroport Cactus était arrivé en retard, il était coutumier du fait, me raconta Guy dans l'avion devant une petite bière et un petit whisky et Cactus n'opina pas du chef du troisième siège vide puique retard ça voulait dire une demi-heure après le décollage et qu'il devait se boire un café bien sucré au duty free de Toulouse - ouais, j'ai payé mon  billet alors laissez-moi au moins aller m'acheter des clopes au dutyfree, bande de connards, en matant le cul des hôtesses qui passent comme des ballots de paille et en calculant les économies qu'il allait faire en n'allant pas dans cette ville de perdition, la pomme pourrie et qu'il pourrait intelligemment réinvestir dans une dizaine de cartouches de PeterStuyvesant et quelques litres de vodka
- A ce moment du souvenir guylien Christ-Flo a déjà dû décocher sa phrase qui semble imparable et Clem sa contre-attaque mais, tout absorbé qu'il est, Guy n'a pas entendu, faudra qu'il demande.
Je me retrouvai donc dans l'avion avec Guy, direction NY et on essayait de commander des boisson alcoolisées avec un laps de temps suffisant entre chaque commande pour ne pas qu'on nous les refuse ( c'est un jeu). L'idée c'est aussi d'alterner: y en a un qui commande et l'autre qui: ah tiens puisque vous êtes là et ppour ne pas vous déranger plus tard.... Et quelques pauses clopes. Air France. 1997
On pouvait encore fumer dans les avions en 1997?
Je peux confondre avec un autre souvenir...
Quand on est arrivé on a foncé chez Béa dans le plus vieux et le plus beau métro du monde, putain Michael Jackson, on a posé nos affaires et avant de sortir, Guy avait acheté une bouteille de vodka au duty free, élégance, on a bu l'apéro mais un pb s'est vite posé: Béa ne buvait pas, Guy était dans tous ses états.
Bon, j'allais aux toilettes au fond du long corridor dégueux et plein de puces lorsqu'il se rua, m'attrapa par les épaules: putain, mais elle boit pas ta copine?! Tu m'avais dit que c'était une soulaude... ça l'angoissait.
Sais pas, demande-lui... j'avais vraiment envie de pisser.

Quand je suis revenu ils étaient en train de rigoler comme des cons, il était tout pétant de joie, il avait dû voir le clavier qui trainait dans le couloir ou dans la chambre de Béa, et il m'a dit, putain, j'ai demandé à Béa pourquoi elle buvait pas et tu sais ce qu'elle m'a répondu? Béa le coupa entre deux hoquets, joie explosive habituelle, terrain connu et rassurant: mais c'est rien, j'ai rien dit, pourquoi ça le fait rire comme ça?? Et elle pleurait de rire, elle essuyait les petites larmes qui sautaient sur ses joues avec son index plié en deux comme elle.
Allez bon, redis-le, je peux pas le dire c'est moins drôle
- Mais j'étais allé pisser vingt minutes ou quoi, il en était où le niveau de la bouteille de la vodka?
Non pas bougé, la seule différence c'était la musique à fond, Sonic Youth ou Siouxie, je savais pas, je connaissais mal, c'était Guillaume et Cactus qui écoutaient ça et moi qui disais oui oui... et d'ailleurs, elle a des cds de ça, Béa? - tu me diras elle appartient à la branche de son peuple la plus aventureuse, celle de tous temps tournée vers l'Amérique.
Mais ça va j'ai simplement dit...
Et Guy de gueuler: écoute, écoute bien, man!
Un truc du genre, je sais plus.... je bois pas trop en ce moment mais c'est parce que.... parce que je commence à avoir les dents rongées par l'acide...
Haha, trop bien, New York! New York! Ahah, la folie, man.
Moi aussi, follet, je me suis mis à rire mais en fait j'étais plus avec eux, j'étais avec deux gosses, j'étais dépassé, j'étais plus là, j'étais finalement resté avec Gérard, avec Cactus qui souriait au loin dans un café de l'aéroport, Blagnac.... ces deux-là allaient faire de grandes choses et j'allais peut-être juste, just, à peine, pouvoir raconter leur histoire... thebeaandtheshyguy.
Alors tu sais, le roulement de tambour du duel sur le parking...
Mais t'es fou, je veux savoir, moi, qu'est-ce qu'ils se sont dit, les deux, la phrase imparable, la contre-attaque..?
La prochaine fois, man, la prochaine fois.

....................................................
Donc si j'ai bien compris en 1997 vous n'écoutiez pas SonicYouth et vous ne connaissiez pas Siouxsie et les banshees?
Bé non, bull in the eather, peut-être, et pas pour des raisons très glorieuses et encore, je sais pas... refabrication... non, pour moi, à la rigueur, et encore, pas sûr, 1997, c'est ça:
https://www.youtube.com/watch?v=jfv67aPFUXk
Oui... avec le Kin et J.C., ça allait devenir la chanson de l'alcool et de la voiture. La nuit, la route. C'était bien.
Mon dieu: allez, filez-moi vos cinquante euros et cassez-vous.

lundi 23 avril 2018

STU9 avec du vieux. (part-one)

I° Lyon ou Grenoble?
...Fait tellement longtemps qu'on va chez le pédopsychiatre qu'il est mort au fond de son fauteuil et que l'on jette l'argent à ses pieds comme on le ferait avec un vulgaire chasseur de primes.
Ô - Et les billets s'amassent, d'abord en francs puis en euros.
Pourtant les vieux réflexes persistent: l'autre connard, maintenant intériorisé, maintenant dans la tête vous dit, vous demande: qui c'est "on"?
Oh mais non, ça suffit... S'il vous plaît... Foutez-moi la paix.
Non. Je vous demande, je vous redemande: qui c'est on? Parce que... Parce que c'est facile de faire parler les autres, hein?! Pour faire rigoler la foule en plus... Mais vous? Vous?
Bah moi, je... D'accord.

Alors commençons par l'épisode où j'ai, moi, prononcé une phrase plus de connard que il ou les autres - moins drôle aussi, la phrase, peut-être.
Lyon ou Grenoble: guère noble, commençons agressivement par Grenoble -jeux de mots ingénieux - ah! Jadis. Et na!

II° Chutes, mots clefs: boum d'entrée dans vos vingt-deux molaires.
A Lyon, pendant que Man débranchait le matos à l'intérieur du bar, Christ, en terrasse, avait dit à un homme qu'il avait d'abord traité de connard et qui était en train de devenir rubicon et était donc au bord de le frapper, c'est bon, je m'excuse et maintenant vous pouvez partir.., et Guill. s'était liquéfié, rire, par le slip, et le gars en question, rubicon, avait dit: faudrait voir à pas pousser le bouchon un peu trop loin et ça avait été dur pour moi, entre mes mollets prèts à se tendre pour balancer un coup de pied au mec s'il s'approchait trop et la petite pancarte rieuse au fond de mon cerveau, cerclée de petites loupiotes, qui hurlait: jeu de mots, jeu de mots... Tout cela était devenu réellement impossible quand Christ avait franchi le pas en regardant l'homme le plus sérieusement du monde, le plus candidement du monde: Bouchon? Bouchon lyonnais?
Je crois qu'on avait enchaîné avec une grande beuverie de réconciliation, sans le monsieur magenta, bien sûr, parti imploser et changer de couleur de visage ailleurs, entre nous, simplement, mais il y a toujours une raison de se réconcilier entre nous.
Mais étrangement je m'égare. -Et je dis n'importe quoi, y avait au moins deux gens sympas avec nous.
Revenons plutôt aux phrases de Grenoble:
- Celle de Christ d'abord: "Je ne vais pas en province pour jouer devant deux pétasses et trois connards"
- La mienne: "Oui, enfin, moi, à vingt-et-un ans, j'étais pas sous anti dépresseurs."
Pourvu que mon psy ne tombe jamais sur ce texte.
Grand trois: le contexte.

III° Contextes: fabrique de statue autour de ces deux pierres, précieuses.
Concert. Grenoble. Départ de Marseille. Camion. Dans le camion: Guill conduit,  il avait pris les clefs du camion et on avait pas pu lui dire non, les cinq autres places sont ocupées par les six passagers suivants: Man+moi+Christ (+ Guill = Stu)+Rob+Art+ Clem (= les Fabre laser= Hoochie Koochie Baby.)
- Putain: Rob, Art et Clem ça fait bien cow-boy, ça sonne... Purin, ça donne envie d'essayer de changer les noms des gars du STU. Là ça donnerait: Christ= Florence; Guill= Laurence; Man= Céleste; Moi = Agnès-Agnès... ça se tente mais déjà que le fil est ténu... et puis surtout, pas con l'animal, il annonce qu'il va vraiment parler de lui, dire une connerie qu'il aurait dite et hop, il se transforme en Agnès-Agnès.
Oui mais du coup je suis le plus identifiable de tous vu que je vais dire moi je... ça se tente.
Laurence conduit, Céleste veut acheter de la bière dans la première station croisée, Florence en profitera pour prendre un sandwich dégueulasse, Agnès-Agnès se félicite de l'élégante masse volumique des frères cow-boys qui leur permet de tenir à sept dans le camion.
Quand tout à coup.
Quand tout à coup la sonnerie sonne, fin de séance: et quatre-vingt euros aux pieds du pédopsychiatre - sur les chaussures duquel la poussière s'accumule et peut-être que même une araignée a tissé une toile de shériff entre ses deux chevilles.

jeudi 19 mai 2016

ComptoirFolizinc

Sinon Sinon Sinon Guy s'est enfui il est parti à l'ouest il est parti à New-York Je le vois bien l'arpenter les rues parallèles et les perpendiculaires menton levé Je le vois bien loger dans une petite chambre sale à Harlem Cliché Je sais pas où c'est Harlem Je ne sais même pas si ça existe vraiment Brooklyn Beckham Qu'est-ce qu'il va y foutre à NewYork EtatsUnis pauvre vieux anciennement nommée Nouvelle Amsterdam Jambon de Nouagaro du Sud-Ouest Il a bien fait de partir ici ça commence à puer un peut trop fort Oh cliché Oh je le connais il va essayer une fois de plus de monter un groupe de musique "moderne" il va vouloir "rebondir" et séduire son image originelle Louise dans la lune Je sais tout ça je lui ai quand même filé le numéro d'Agnès Je sens qu'ils vont bien s'entendre ils vont rigol Enfin si elle ne se défonce plus trop la gueule si son cerveau n'es pas trop rongé par l'acide si elle s'est pas foutue dans ces situations qu' Il s'en fout d'une fille rangée il préfère une fille sans mémoire et sans avenir mais dans un grand éclat Putain que c'est beau Pendant ce temps regarde regarde bien le zinc torchonné brille comme la culasse d'un fusil de chasse Pendant ce temps le zinc brille comme un cul  comme un ass Donnez-moi un coup de fusil
Un autre schlass
Pour moi ce sera un get27 C'est pas une mauvaise idée tu pues un peu de la gueule Je ris avec mes dents jaunes connard et je suis je recommande un ricard Vous n'êtes pas sans savoir Messieurs que les révolutions commencent lorsque l'armée les flics se retournent pour tirer non plus sur la foule mais sur ceux qui leur demandent de tirer Non je sais pas et je m'en fous J'aime pas les flics Ils me font peur ils me font chier ils me mettent en colère Ah bon pourtant, je croyais que tu aimais le peuple Ah comme je t'ai baisé j'ai rien dit sur le rapport à ton père Oh Seigneur Je répète ah bon pourtant je croyais que tu aimais le peuple Pas de rapport Je ne vois pas le rapport il dit il dit que il di.. e.. sais pas mais il me semble que les flics dans la rue c'est plus du peuple que que les gens qui leur foncent dedans les trois quarts du temps en disant ça suffit l'oppression Ils sont pas obligés de faire ce qu'ils font y a d'autre solution Qui? Eux ça c cédille majuscule vous épate Phrase d'homme qui a d'autres solutions Va te faire foutre et sache que  Et tu m'emmerdes à opposer ton cynisme équanime certains sont armés c'est eux qui ont les armes à ma pensée afin de me faire passer pour un petit héritier Nous sommes tous de petits héritiers Faux Je je parle du langage vaguement romantique ah dégueux et nostalgique inutile alors que ce qui m'intéresse c'est pas le futur no ricanne mais faire en sorte que le couvercle ne nous étouffe pas trop et qu'on se retrouve broyés comme des petits vers Mais moi je ne veux rien opposer d'autre que la surface ventrue des verres des personnes ici à la surface du mien afin de faire tinter un peu Le glas Son délétère On se ressert?
Avec quel argent?
Pendant ce temps la pompe à Bière est descendue dix fois Elle est un peu sale la pompe il faudrait que la serveuse l'astique c'est à celle qu'elle sert Héhéhé Je vois que l'alcool je vois messieurs que l'alcool est un peu monté dans les veines ça vous rend grave  Et pourquoi pas le serveur? Et pourquoi aps le serveur Pas sectaire Tu crois qu'il va baiser Guy aux Strates de notre sous culture qui nous sert d'étendard? Mais je m'en branle je te parle de révolution De la fin du monde De la pollution Vos gueules et toit du Au fait c'est qui "on" Mais tu devrais pas t'en branler tu manques de légèreté
Tu manques de légèreté
Et d'enthousiasme De vision, tu regardes le sol par peur de marcher dans une merde de chien Tiens celle-là elle sonne Bien Mais on a le droit d'avoir peur peur de la violence de la gentillesse de la violence des méchants et de la maladie ça serait déjà suffisant la maladie Je te rappelle que tous ceux qui ont vaincu leur cancer sont des vainqueurs Ouais des gagnants Et les pauvres morts des Loosers Oui je sais y a des affiches de propagande qui que mourir de maladie maintenant c'est ta faute même et surtout si tu as bien souffert Et ça coûte de l'argent Et de l'argent on n'en a plus On nous dit C'est un bon moyen de nous faire oublier que ça fait souffrir Il faut systématiquement limiter la souffrance Oh, elle est bien celle là, on se ressert? Tu parles elle est bien il boucle il est en bouclOui je prends comme toi comme vous tiens tout comme toi une petite bière
Petite alors car il ne faut jamais se laisser ronger par l'amertume et rien ne sert jamais à rien Songe
Qui a dit ça?
Pinte et Flux Polytox et Minimax ici, tendus mais tranquilles, derrière leur verre, derrière leur tout petit écran de verre, trinquant, appuyés nonchalamment sur la grève en métal à un mètre quarante du sol, étal de leurs exploits passés qui en refluxe les cadavres au rythme de doigts de la serveuse et du serveur, ils travaillent à deux.
Tout près d'eux en pensée : le monde. Tout près d'eux, en pensée mais loins de leurs corps, et de leurs craintes, pas exactement de l'autre côté du monde non plus,  Guy et Agnès décident malgré le décalage horaire et dans un grand éclat de rire de monter un groupe piano, clavier, boucles chant batterie. Ils savent tous que ce n'est pas vraiment comme s'ils travaillaient pour la croix rouge dans des pays en guerre mais c'est ce qu'ils font. S'ils ne doivent surtout pas en avoir honte, martèle-telle, - surtout que, surtout que l'un n'empêche pas l'autre, ici ou ailleurs, maintenant ou avant ou après... bref, elle sourit: même s'ils ne doivent surtout pas en avoir honte, elle précise, il n'y aucune raison qu'ils en conçoivent pour autant la moindre petite fierté.
Content, quand même j'ai le droit ?
demande Guy.
Evidemment,
répond Agnès.

vendredi 4 décembre 2015

STU8 L'infini debout, en boucle ressasse

Rha, voilà que ma tête est mise à prix maintenant, à prix pas cher, à prix pas cher de ma peau de peu de prix bon mais... mais de toute façon il m'auront pas, ça non ils m'auront pas, je crèverais d'abord d'un cancer du colon, j'affirme, je vais esquiver, j'annonce, je prophétique, j'organique, j'organise mon esquive: canal cholédoque, colère historique, cancer du colon à coup de tablettes de chocolat, aux amandes, au nougat, j'aime pas, même si... mais si j'aime pas, le nougat, ça pue des pieds, ahah, le nougat, à la merde... même pas besoin de boire comme tous les autres, comme tous les copains, venez je vous embrasse, les copains, je vous aime, dans une crise après sevrage où je te remplis un mugg, y a une sorte de Mickey dessus qui te fais des clins d'oeil, c'est torve, je le bois, cul sec, l'oeil de Mickey, lèche, j'en bois un autre, dedans c'est de la vodka, ça faisait trois semaines que je buvais pas, une goutte, pas une goutte, et puis en revenant, pourtant la journée avait pas été plus dégueulasse qu'une autre, pourquoi jeudi, pourquoi c'est toujours le jeudi, j'ai craqué j'ai acheté deux bouteilles de vodka et une de rhum, et maintenant que j'ai fini la bouteille de vodka je remplis mon mugg avec celle de rhum, bouteille, j'en verse la moitié et un peu à côté, je sais pas ce qui me prend je me fous torse nu et en calebite et je vais me foutre devant le miroir et je me regarde et je bois et je me regarde et y un peu de rhum qui coule dans ma barbe, les poils de torse qui frisent et qui blanchissent, ça fait trois semaines que j'ai pas bu, j'ai déjà envie de gerber, ça fait trois semaines que j'ai pas bu, le lavabo, putain j'ai envie que tout cela finisse, tout ça c'est des poses... Ouais c'est ça fais le malin en plus petit con, et tes assassins?
Mais je vois déjà leur gueule à mes assassins: tiens çuilà, le petit relativiste, on le supprime, où il est qu'on l'efface? Ah, olala, on peut pas il est déjà à l'hosto,
Aha, niqués! Cancer du colon.
Bon ben alors on va lui amener des fleurs,
Des fleurs vénéneuses, veinées de bleu, des poisons, des fêlures... De belles fleurs. Des glaïeuls. Et pourquoi des glaïeuls? J'aime pas les gla.. on dirait du plastique, on dirait des fausses, des pétales de fesses... Des glaviots colorés et sous vide. Et puis, et sinon?
Et, et comment, pourquoi qu'ils voudraient mettre ma tête à prix, moi que j'ai jamais appartenu à aucune armée, aucune secte, trop lâche pour ça, trop dubitatif. Dubitatif et alors, dubitatif et ailleurs, dubitatif, dieu gaulois, j'aime pas les gaulois. Par Duby? Tout part du bide. Enfin j'aime bien, parfois; ça dépend, je doute, ah oui je doute, c'est ça qu'il faut dire. De toute façon. Aucun uniforme, jamais, une chemise parfois, toujours froissée, oui, monsieur, de marque, mais froissée.
Snob!
Très snob. Que snob.
Même au foot, chaussettes dépareillées, promis, une jaune, une rouge, et puis c'était pas mes chaussures, jamais à ma taille, de toute façon y a ceux qui te disent il faut prendre une pointure au dessus et ceux qui te disent il faut prendre une pointure au dessous. Et puis de toute façon c'est moi le plus riche, c'est moi le plus vieux, alors je me lave pas et si je me lave pas je vois pas pourquoi je laverai le maillot, hein. Ouais c'est ça, jamais mouillé. Jamais mouillé
- C'est tout vrai: quand y'avait un maillot d'équipe, je le lavais pas, je l'avais, sur le banc, sur le dos, et il puait, je le lavais pas.... je le lave pas votre uniforme, il pue.
Ah ouais rebelle.
Non sale.
Sale con
ble
Une fois pourtant, une fois, c'était je crois le 19 octobre 2015, à 18h30: uniforme. Mais fait main, fait maison. Et puis en rang, en rang d'oignon: derrière à la grosse Bertha, en civil, Guy qui tape sur ses fûts, ses fusils, ses orgues staliniennes, devant, au milieu, au centre, Chris Wadlle en uniforme noir avec en blanc, éclatant dans toute cette ombre sur son torse, écrit sur son stuchirt: le Stu...  Christ W., fin et ombrageux, en train de donner posément ses directives à un public imaginaire... Pendant qu'à sa gauche, Man, uniforme blanc avec en lettres de sang, de la bombe rouge qui bave et qui en met partout: Le Stu, et... carré d'épaules et mentoné, le col serré, qu'on dirait qu'il tient une hache et qu'il la balance, RankZerox est une petite chiotte à côté de lui... De l'autre côté, à  la droite de Robert Chris... moi, tshirt blanc et en lettres roses, rouges et grises - Verlaine en pleine descente d'organes- moi et les manches remontées quand même pour qu'on voie un peu les bras et le tshirt dans le jean, pour faire style un peu skin, mais raide, et ma guitare tenue haute et méchamment comme une mitraillette, disent-ils.
Peut-être.
Il paraît qu'il y a des images de ça mais elles ont dû être effacées le son était inaudible
Mais à part ça, et c'était caché, c'est n'importe quoi, et c'était des tests, de Tshirts, de nouveau set, de nouvelle disposition, c'était pas la grande armée, même pas du petit théâtre, on a même fait chier personne, vu que personne le sait, je vois pas ce qu'on pourrait...
Ahah, n'importe quoi, le gosse...
Je vais pas crever comme ça, ma choute.