Voilà l'autre débile de Booni qui m'envoie des capsules de bière dans la gueule. Et pourtant je l'aime et il m'aime. Comment cela a-t-il pu commencer?
C'est au O'Bundies - qui deviendrait quelques années plus tard La Salle Gueule, ça a peut-être peu d'intérêt de rapporter cette information mais ça me fait toujours plaisir d'utiliser le nom de La Salle Gueule, j'aime ce jeu de mot, il est bien.
Bon.
The Stu Ungar Story devait jouer au O'Bundies avec un autre groupe, ouvrir pour un autre groupe en fait, se greffer au concert de l'autre groupe, je ne me souviens plus de son nom: Le Stu n'est pas toujours antipathique et autocentré, ne parle pas toujours de lui à la troisième personne mais n'a pas non plus toujours une excellente mémoire. Nicolas organisait le concert, il était présent et discutait avec tous les membres des groupes - qui étaient ses amis, qui étaient très sympathiques. Tout le monde était content.
Il y' avait du whisky, c'était extrêmement rare, dans le petit local derrière le bar, réservé aux concertistes -c'est bien d'utiliser le mot groupe une dizaine de fois mais faut varier un peu - et Guillaume n'avait pas le droit d'y toucher: une consommation immodérée d'alcool avant le concert le rendait arythmique, comme nous autres bien sûr, mais lui ça s'entendait plus, c'est le privilège des batteurs. C'est pour ça que, sage, il se servait d'énormes verres de coca, et qu'il traversait le bar, avançant, glorieux, vers nous, avec un sourire satisfait; ce soir il était un véritable nazi sur l'alcool, il ne buvait que du coca, tu vois Manu, ça le réveillerait, pas un goutte, même pas une bière... Il nous prenait à parti avec des grands gestes.
Au troisième coca il me faisait des clins d'oeil de plus en plus expressifs et j'abandonnais négligemment mes bières pour boire ses verres avec lui. Ils étaient de plus en plus forts, il y mettait de plus en plus de whisky et de moins en moins de coca et on éclatait de rire comme des gros cons super malins et heureux de leur bon tour, "Chuut" - alors que Manu, Christophe, Nico, tous, avaient bien compris qu'il buvait du whisky coca depuis une demi heure, et faisaient semblant de ne pas le voir. C'était drôle.
Une autre demi heure plus tard y'avait plus de whisky, tout le monde était ivre, moi j'étais bourré et Guillaume détruit. Je ne sais plus qui a commencé à échafauder une théorie comme quoi il fallait boire du JaegerMeister pour se remettre en forme. Nico a dit qu'il en avait une grande bouteille chez lui, qu'il avait sa voiture, qu'il était prêt à les prendre (voiture et Jaeger) mais qu'il fallait que quelqu'un l'accompagne car il ne voulait pas mourir seul.
On y est allé, on est revenu, on a bu la moitié de la bouteille de JaegerMeister et on a commencé le concert.
Pour jouer il faut descendre au sous-sol, c'était dégueulasse, on était dans un état dégueulasse - Guillaume un peu plus que les autres, peut-être.
Pas grand monde ne nous a suivi en bas, mais Loïc et Booni, si. (Loïc et Booni, batteur et guitariste de Menpenti le groupe qu'ils formaient avec Manu et Nico). C'était gentil. Ils avaient quatre ou cinq bières chacun dans les mains.
Le "concert": je crois que Guillaume a commencé en faisant une blague et en donnant volontairement un coup de baguette foireux sur son tom basse, et que Manu dirait 24heures plus tard que c'était le seul moment juste, rythmiquement, de notre soirée, mais peut-être que j'exagère.
Quoi qu'il en soit au bout d'un quart d'heure et au quatrième morceau je sens des trucs qui me partent dans la tête ou sur les épaules, je lève les yeux de ma guitare en essayant de ne pas perdre le fil - pas facile à saisir ce soir là- et l'équilibre et je me prends une capsule de bière au milieu du front, je regarde autour de moi, il y a quelques capsules par terre. Booni ne vise pas toujours très bien, mais il me vise. Il me regarde, je le vois, je l'imagine, goguenard. A l'époque, et c'est toujours pareil, mon jeu de scène est basé sur l'immobilité et l'inexpressivité, une grande rigidité digne, le moindre mouvement est une mise en danger de toute façon; ce soir-là Manu et Christophe m'ont l'air presque, presque, au diapason, ils ont clairement trop bu, ils ne se meuvent pas, ils tanguent. Je commence à essayer d'engueuler Booni en le regardant méchamment et en bougeant mes lèvres de façon a dessiner des insultes, il continue. Je gueule et vu le niveau sonore, il n'entend rien, alors comme j'ai acheté un jack de 5 ou 6 mètres et que j'en suis très fier, je quitte l'estrade, je me jette sur lui et, tout en essayant de continuer de jouer ma partie, je lui donne des grands coups d'épaule dans le thorax. Comme j'ai ma guitare dans les mains, qu'il est plutôt grand, je ne peux pas faire autre chose. Il me ceinture, me dit, mais retourne jouer, espèce de débile, je rue vaguement et je m'exécute.
L'avantage c'est qu'après le concert, de retour dans le réduit mis à disposition des groupes, mes hurlements sur Booni et ses arguments sarcastiques - que viennent interrompre le déhanché de Guillaume qui n'arrive plus à marcher droit depuis longtemps mais qui continue de boire, comment fait-il? et qui balance d'une voix de stentor plutôt caractéristique à qui veut l'entendre "c'est l'histoire du rock n roll... nous assistons à l'histoire du rockn roll!" - nous permettent de remettre à plus tard une analyse -un constat amer et sans appel- de notre prestation désastreuse.
Je précise simplement et démagogiquement qu'à côté de moi Loïc me disait, allez frappe-le, ça fait une semaine que j'ai envie de le faire mais je peux pas c'est mon guitariste, et que Booni me balançait des que si je n'existais pas, si je n'avais pas une certaine importance à ses yeux il ne m'aurait jamais jeté quoi que ce soit pendant le concert, que je devrais être flatté... ce à quoi je rétorquais que s'il n'existait pas, s'il n'avait pas une certaine importance à mes yeux je n'aurais jamais pris la peine de lui hurler dessus.
Et quarante euros dans la main du pédopsychiatre.
jeudi 31 juillet 2014
vendredi 25 juillet 2014
STU 1tro
Le 25 juillet 2014, dans mon placard, 950, à peu près, disques vinyles de Le STU.
Le STU
En 1996 je rencontre Manu.
En 1998 je rencontre Christophe et dans la foulée Christophe et Manu se rencontrent. Ils aiment beaucoup jouer au foot ensemble, que ce soit en short ou en slip.
En 2006 je rencontre Guillaume. Manu et Christophe ne détestent pas boire des vodkas dans le sous-sol qui donne sur le jardin sans lumière où il vit- que ce soit en écoutant Conflict ou Michel Sardou (Oui je sais ça devient un peu cool mais Guillaume est cool, c'est comme ça.)
A cette date nous sommes quatre et en 2009 nous "créons" un groupe de "rock": The Stu Ungar Story. On va au local 44 - hôtel de la musique, Capelette - on fait des morceaux et puis des concerts. Je répète à l'envi et à des sourires polis mais un peu indifférents que nous sommes le seul groupe punk de Marseille puisque Guillaume n'a jamais fait de batterie, que je n'ai jamais fait de guitare et que Christophe n'a jamais chanté. (Manu faisant déjà un peu tout ça plutôt pas mal, de la basse surtout, depuis longtemps, et dans d'autres groupes c'est évidemment le moins punk d'entre nous, mais il ne faut pas lui dire.)
En 2013 nous enregistrons un album et nous changeons de nom: Le STU.
Mais la date importante c'est 2012. En 2012 , un soir, je dis à Aurélien que vu le tour que prennent les choses depuis quelques années on devrait peut-être aller voir un psy avec les trois autres... Je lui explique pourquoi en lui racontant deux trois choses de notre quotidien de groupe, il me répond que peut-être un pédopsychiatre, ça serait mieux.
Il avait sûrement raison.
Au fait, je suis né en 1978, pour les autres je dis pas, c'est leur intimité, mec.
lundi 4 avril 2011
A l'article de l'amour
A l'article de l'amour il est toujours un peu vulgaire, hélas, même celui qui a de la tenue en tout, celui qui en fait trop autant que celui qui n'en fait pas assez, alors, quand on parle d'amour il ne s'agit que de sortir des lieux communs. Attention : les sortir, les balancer et non pas en sortir.
L'amour, analyse du mot délavé, un peu de rationnel, découpe, liste au moins de quelques ingrédients, s'y superposent, se collent, se pèguent tellement de choses: sexualité, nature, procréation, les plantes, vie commune, solitude, quotidien, complicité, défauts imbitables, connauds, rôle social, assurance, sourire, dents refaites, peur de la mort, vacances, idéal, retour aux origines, envie de mordre, de tuer, pourquoi pas, frustration, sûrement frustrer, tendresse, quand même, gros bébé, altruisme, égoïsme, faire plaisir à, faire plaisir aussi à papamaman, faire chier papamaman, tiens, à ce propos, concilier l'idée que selon Freud mon copain ma copine vont ressembler à mon père, à ma mère, oh, c'est simplifié, que selon Schopenhauer, choppe le, ils vont être le plus possibles différents de moi, et du coup de là d'où je viens, pour que sorte de nous, notre union, un produit un peu meilleur un peu moins dégueulasse... être contre cette idée, ne pas en tenir compte et voir son corps l'appliquer, l'odeur qui excite, celle qui dégoûte, le dégoût qui excite et tellement d'autres choses : les propos les plus cyniques sont vrais, les chansons les plus niaises sont justes. L'envie de quitter le monde, parfois de récréer un monde, le monde déménage, monade nomade. Le moi, je le crois, est changeant et le nous, d'un point de vue mathématique le nous! Le nous, dugland! Je connais un couple qui n'a pas fait l'amour, (ou autre expression: utiliser le mot que la pudeur de chacun exige) pendant une semaine en ayant eu envie l'un de l'autre, chacun, trois fois par jour mais jamais en même temps. C'est exagéré mais... Le temps, le timing. Le temps qu'on accorde à l'autre quand il n'en a plus envie. Le temps qu'il nous accorde quand c'est trop tard, tôt, trop. La passion est une souffrance. Et la vie? Vie: organisation du chaos? Inutile de parler de ça. La fuite en avant. Les garçons, comment ça marche? Et la guerre? Les chansons niaises, deux fois. Lutte de peut-être que ça voudrait planter un couteau dans disons...un corps, un tison, tisonner, tisonner, les garçons. Lutte de peut-être que ça voudrait planter un couteau dans le coeur, aussi, pourquoi pas, un tison et tourner, retourner dans la plaie. Lutte de peut-être que... et ravaler, ravaler les sanglots, les glaires, les mots, les moqueurs qui ont démailloté les fils de mon mien pur laine pourri un à un, plus rien...Peut-être que les hommes voudraient que les femmes voient que, comme leur coeur, ils s'arrachent, se cassent pour qu'elles décident de partir avec eux. Peut-être que les femmes, tout pareil, en beaucoup plus violent, même et pourquoi? Peut-être que chacun ne veut que son confort. En tout cas, souvent, personne ne dit grand chose. Et M. Bovary il dit rien, il se tient, il aurait presque de la tenue, tiens, et il meurt d'amour lui aussi, romantique après tout.
Mais tout cela c'est pas grave car l'amour est au final un bon combattant, celui qui après des siècles de cliché de parlotes, de débordements, de silence, de contradictions, continue à battre. Bravo, le nain qui même quand il n'a pas de levier, soulèverait la terre. L'énergie due, tout est là. L'amour, l'énergie due.
L'amour, analyse du mot délavé, un peu de rationnel, découpe, liste au moins de quelques ingrédients, s'y superposent, se collent, se pèguent tellement de choses: sexualité, nature, procréation, les plantes, vie commune, solitude, quotidien, complicité, défauts imbitables, connauds, rôle social, assurance, sourire, dents refaites, peur de la mort, vacances, idéal, retour aux origines, envie de mordre, de tuer, pourquoi pas, frustration, sûrement frustrer, tendresse, quand même, gros bébé, altruisme, égoïsme, faire plaisir à, faire plaisir aussi à papamaman, faire chier papamaman, tiens, à ce propos, concilier l'idée que selon Freud mon copain ma copine vont ressembler à mon père, à ma mère, oh, c'est simplifié, que selon Schopenhauer, choppe le, ils vont être le plus possibles différents de moi, et du coup de là d'où je viens, pour que sorte de nous, notre union, un produit un peu meilleur un peu moins dégueulasse... être contre cette idée, ne pas en tenir compte et voir son corps l'appliquer, l'odeur qui excite, celle qui dégoûte, le dégoût qui excite et tellement d'autres choses : les propos les plus cyniques sont vrais, les chansons les plus niaises sont justes. L'envie de quitter le monde, parfois de récréer un monde, le monde déménage, monade nomade. Le moi, je le crois, est changeant et le nous, d'un point de vue mathématique le nous! Le nous, dugland! Je connais un couple qui n'a pas fait l'amour, (ou autre expression: utiliser le mot que la pudeur de chacun exige) pendant une semaine en ayant eu envie l'un de l'autre, chacun, trois fois par jour mais jamais en même temps. C'est exagéré mais... Le temps, le timing. Le temps qu'on accorde à l'autre quand il n'en a plus envie. Le temps qu'il nous accorde quand c'est trop tard, tôt, trop. La passion est une souffrance. Et la vie? Vie: organisation du chaos? Inutile de parler de ça. La fuite en avant. Les garçons, comment ça marche? Et la guerre? Les chansons niaises, deux fois. Lutte de peut-être que ça voudrait planter un couteau dans disons...un corps, un tison, tisonner, tisonner, les garçons. Lutte de peut-être que ça voudrait planter un couteau dans le coeur, aussi, pourquoi pas, un tison et tourner, retourner dans la plaie. Lutte de peut-être que... et ravaler, ravaler les sanglots, les glaires, les mots, les moqueurs qui ont démailloté les fils de mon mien pur laine pourri un à un, plus rien...Peut-être que les hommes voudraient que les femmes voient que, comme leur coeur, ils s'arrachent, se cassent pour qu'elles décident de partir avec eux. Peut-être que les femmes, tout pareil, en beaucoup plus violent, même et pourquoi? Peut-être que chacun ne veut que son confort. En tout cas, souvent, personne ne dit grand chose. Et M. Bovary il dit rien, il se tient, il aurait presque de la tenue, tiens, et il meurt d'amour lui aussi, romantique après tout.
Mais tout cela c'est pas grave car l'amour est au final un bon combattant, celui qui après des siècles de cliché de parlotes, de débordements, de silence, de contradictions, continue à battre. Bravo, le nain qui même quand il n'a pas de levier, soulèverait la terre. L'énergie due, tout est là. L'amour, l'énergie due.
lundi 31 janvier 2011
Tiques Chut (interlude 2)
Quelques aphorismes bien méchants, ça peut entretenir, ça peut faire partir le cancer du bide par le canal cholédoque... Il ne faut jamais oublier qu'Emil Cioran, qui disait n'avoir jamais voulu naître, est mort à quatre-vingt-quatre ans, et il lui restait beaucoup de cheveux.
Alors quand vous êtes énervés, une journée de société, inventez des aphorismes, je commence :
1L'orgueil minable de la sensibilité c'est qu'elle n'a même plus la capacité d'imaginer la sensibilité des autres.
2Apitoiement sur soi. Cynisme sur soi. Narcissisme.
3Le plus timide des étudiants qui découvre par hasard qu'Aristote a dit que le mélancolique et le génie développent la même pathologie se sent assez justifié pour devenir imbuvable.
4"Ce qui ne te détruit pas te rend plus fort", phrase un peu moins conne que "ce qui ne te tue pas te rend plus fort": on peut continuer à vivre pas mal de temps en étant complètement détruit.
5C'est fini, d'abord parce que je me calme assez vite, je suis vieux et sage, fatigué quoi (et qu'à trop en faire ne naît qu'un sentiment de honte) mais surtout parce que je pense à la phrase de Didier Deschamps: "...Les moeurs se dépravent, l'empire de la raison s'étend, le discours devient épigrammatique, ingénieux, laconique, sentencieux; les arts se corrompent par le raffinement."
Et puis avec l'aphorisme on a l'impression de reprendre le contrôle, on se rassure. C'est faux.
Alors quand vous êtes énervés, une journée de société, inventez des aphorismes, je commence :
1L'orgueil minable de la sensibilité c'est qu'elle n'a même plus la capacité d'imaginer la sensibilité des autres.
2Apitoiement sur soi. Cynisme sur soi. Narcissisme.
3Le plus timide des étudiants qui découvre par hasard qu'Aristote a dit que le mélancolique et le génie développent la même pathologie se sent assez justifié pour devenir imbuvable.
4"Ce qui ne te détruit pas te rend plus fort", phrase un peu moins conne que "ce qui ne te tue pas te rend plus fort": on peut continuer à vivre pas mal de temps en étant complètement détruit.
5C'est fini, d'abord parce que je me calme assez vite, je suis vieux et sage, fatigué quoi (et qu'à trop en faire ne naît qu'un sentiment de honte) mais surtout parce que je pense à la phrase de Didier Deschamps: "...Les moeurs se dépravent, l'empire de la raison s'étend, le discours devient épigrammatique, ingénieux, laconique, sentencieux; les arts se corrompent par le raffinement."
Et puis avec l'aphorisme on a l'impression de reprendre le contrôle, on se rassure. C'est faux.
mardi 11 janvier 2011
Tempstechnique Kenhobby
Oh un dessin! Un dessin de fille. Voilà maintenant y 'aura, pas toujours, des dessins, avec le texte. Ha, bon? Enfin, on verra... mais déjà il y 'en a un, maintenant, qui illustre Jean A. Table, c'était un essai, mais va voir... mais va voir, non de dieu! Attention. Attention à ce qu'on dit. Devant les gens, en plus.
1°Pourquoi dessin?
Parce que passe temps en classe, souvent : dessiner. De même qu'il arrive que passe temps, à la maison, passe nerf, pour les filles surtout, paraît-il, mais c'est pas sûr : journal intime.
Or chez le petit collégien en ennui et en apprentissage, dans mon souvenir en tout cas, il est plus facile de dessiner des filles que des garçons (et pour les collégiennes plus difficile de dessiner des garçons que des filles, évidemment. Justice).
Donc, hypothèse en fait: commencer à dessiner des filles pour un petit garçon, c'est commencer à acquérir une technique, à observer, au delà de son propre corps, le corps des autres, le corps des filles (dessinées par d'autres d'ailleurs mais on n'a pas dit qu'on pouvait ou voulait toujours observer sur chair; les nouvelles du monde on ne les a souvent que dans le journal).
En tout cas, parallèle, ce qui compte, si on décide de le produire, c'est le moment où par la technique, l'observation, le journal intime dépasse l'intimité de celui qui le produit et devient autre chose. (Quand enfin le diariste ose ajouter un h à son oeuvre.)
Mais merde j'ai répondu à la question "pourquoi dessin de fille" au lieu de "pourquoi dessin".
2° Pourquoi dessin de fille?
Il paraît que c'est insupportable, l'écriture, parce que le langage est un matériau usé par l'usage, quotidiennement, et que l'écrivain il n'a pas de chance, alors, puisqu'il se retrouve avec un matériau tout pauvre, fracassé par tout le monde et qu'on n'arrive même pas à savoir s'il l'utilise bien ou mal...
Acceptons ce postulat, couillon, et ajoutons qu'il semble impossible de sortir de cet état de fait puisque tout le monde cause, et se commet pire encore, avec internet, en plus, mais faisons tout pour baiser les autres arts : il faut que tous les jours tout le monde dessine, tout le monde fasse de la musique (pour architecture c'est un peu plus compliqué mais tant pis, de toute façon les nouvelles maisons sont souvent laides) et qu'on use à mort tous les langages, usons-les!ahahah! et tout le monde sera à égalité. Des dessins, des dessins!
Injustice pour tous.
Mais merde j'ai répondu à la question "pourquoi dessin".
Conclusion: c'est dans le chapeau.
Non, c'est pas vrai, la conclusion c'est le temps qu'on est prêt à donner à quelque chose mais ça, moi, j'ai l'impression que je ne peux pas répondre en même temps que je m'y consacre, c'est aux autres à la fin de faire le décompte et l'inscrire sur la pierre. Non, c'est pas vrai! la conclusion est dans le titre.
C'est pas ça. Le chapeau est mort de rire.
lundi 27 décembre 2010
John et Teddy Colère, vieilles caraques.
Pendant les fêtes nous nous croisons, c'est presque la famille. On s'évite, naturellement, mais il faut bien qu'on se croise... C'est difficile de se tenir.
Je craque le premier, je lui crache au visage. Il ne réagit pas. Alors je me mets à hurler qu'il ne vaut pas la moitié de ce crachat qui dégouline sur lui. Alors il me répond qu'il doit encore moins valoir cette salive que j'use à lui parler. Et que par conséquent je suis un sombre crétin à la dépenser ainsi.
Je me tais et un grand sentiment de honte m'envahit, parce que je me suis tu. Il sourit, je recrache, c'est plus fort que lui, il m'en colle une, on se bat. Pas longtemps, après quarante ans on a très mal assez vite.
Que se reproche-t-on?
Je ne sais pas. Il a suivi toutes les modes, il a tout le temps eu un succès phénoménal, je suis resté moi même, j'ai un succès suffisant, c'est tout. Je n'ai trahi personne. Il me dit que ça n'a rien à voir, qu'il est malgré ça resté le même et que ce n'est pas parce que je suis resté le même que je suis resté moi même. Que je le sais.
C'est noël, on boit une autre bière et on bave un peu parce qu'on s'est pété les lèvres et qu'effectivement malgré tout on est vieux.
Je craque le premier, je lui crache au visage. Il ne réagit pas. Alors je me mets à hurler qu'il ne vaut pas la moitié de ce crachat qui dégouline sur lui. Alors il me répond qu'il doit encore moins valoir cette salive que j'use à lui parler. Et que par conséquent je suis un sombre crétin à la dépenser ainsi.
Je me tais et un grand sentiment de honte m'envahit, parce que je me suis tu. Il sourit, je recrache, c'est plus fort que lui, il m'en colle une, on se bat. Pas longtemps, après quarante ans on a très mal assez vite.
Que se reproche-t-on?
Je ne sais pas. Il a suivi toutes les modes, il a tout le temps eu un succès phénoménal, je suis resté moi même, j'ai un succès suffisant, c'est tout. Je n'ai trahi personne. Il me dit que ça n'a rien à voir, qu'il est malgré ça resté le même et que ce n'est pas parce que je suis resté le même que je suis resté moi même. Que je le sais.
C'est noël, on boit une autre bière et on bave un peu parce qu'on s'est pété les lèvres et qu'effectivement malgré tout on est vieux.
mardi 7 décembre 2010
Kéké Pento (titre putassier pour attirer du gens)
"J'ai mal au dos, je me sens vieux, je me sens moche, en plus, regarde, j'ai de la brioche."
Regardez mes yeux morts, regardez mes varices, je n'arrive même plus à articuler une phrase, je n'arrive plus à dormir, ni aller au boulot, ma femelle est partie, mon homme s'est fait la malle et comme quand j'étais petit j'étais sensible à mort, je souffre au delà de ce que veut la raison : à petite dépression, grande exposition.
Technique Pierre et le Loup.
Pourtant y a une possibilité autre que le bruelien, "alors regarde, regarde un peu": il y a la mise en scène. Celle qui fait que lorsque M. M était au plus mal dans sa vie, et parce qu'il n'avait pas non plus touché le fond, il allait chez le coiffeur, mettait des chemises élégantes, achetait des jeans à la mode et choisissait les shoes les plus classes - dans ses prix. La mise en scène, ce n'est plus la technique du "je vous demande de regarder comme je vais mal avant que vous ne voyiez que je vais mal" c'est la technique du, "non, pourquoi?" Technique parfois tapageusement discrète, c'est ce que M.F. , je cite en trafiquant les initiales, appelait l'exosquelette: tu n'a plus de structure interne tellement la vie t'a..., pardon tellement tu as mal encaissé ta vie, petite fiotte, alors tu trouves des structures externes. "Tu n'as pas le menton bien dessiné? ajoutait-il, laisse toi pousser la barbe."
De la chemise donc soigneusement repassée comme début de port de l'uniforme, celui qui te cache et te solidifie, t'entérine, le chasuble ample de la nouvelle religion qui va te sauver la vie.
Alors pourquoi Kéké Pento? Parce que lorsque tu vas te moquer, méchamment ou gentiment, du mec que tu trouves insupportable parce qu'il sort de sa golf -ou de l'équivalent moderne- avec sa casquette artistement déchirée, ses lunettes de soleil vintage, sa barbe taillée au laser, son bronzage, son chewing-gum, ses tongs, tu te seras peut-être moqué d'une âme perdue qui essaie un peu de faire en sorte, sans le savoir parfois c'est encore plus beau, que tout ne déborde pas et fuite...
D'ailleurs, comme je suis un saint, moi, je me moque pas, non, jamais, j'ai seulement parfois l'impression, la vision dans le cerveau, exactement, quand j'ai mal dormi surtout, que cette voiture est la couche supérieure d'un oignon, cette casquette une couche un peu inférieure, le pento, les vêtements, le manteau, la chaîne vaguement religieuse ou familiale une autre couche, la gourmette avec le nom, les poils comme grand papa, le scalp, le cerveau, les idées, les citations de Cioran, de Marx, de Kurt Cobain, le caleçon H. Landers: d'autres couches protectrices encore et que tu peux les enlever à l'infini.
L'infini? Quand tu as fini de peler l'oignon humain il n'y a plus rien que le vide, alors sois gentil avec Kéké Pento, comme toi, pardon, comme moi, ce n'est pas un très gros oignon.
Regardez mes yeux morts, regardez mes varices, je n'arrive même plus à articuler une phrase, je n'arrive plus à dormir, ni aller au boulot, ma femelle est partie, mon homme s'est fait la malle et comme quand j'étais petit j'étais sensible à mort, je souffre au delà de ce que veut la raison : à petite dépression, grande exposition.
Technique Pierre et le Loup.
Pourtant y a une possibilité autre que le bruelien, "alors regarde, regarde un peu": il y a la mise en scène. Celle qui fait que lorsque M. M était au plus mal dans sa vie, et parce qu'il n'avait pas non plus touché le fond, il allait chez le coiffeur, mettait des chemises élégantes, achetait des jeans à la mode et choisissait les shoes les plus classes - dans ses prix. La mise en scène, ce n'est plus la technique du "je vous demande de regarder comme je vais mal avant que vous ne voyiez que je vais mal" c'est la technique du, "non, pourquoi?" Technique parfois tapageusement discrète, c'est ce que M.F. , je cite en trafiquant les initiales, appelait l'exosquelette: tu n'a plus de structure interne tellement la vie t'a..., pardon tellement tu as mal encaissé ta vie, petite fiotte, alors tu trouves des structures externes. "Tu n'as pas le menton bien dessiné? ajoutait-il, laisse toi pousser la barbe."
De la chemise donc soigneusement repassée comme début de port de l'uniforme, celui qui te cache et te solidifie, t'entérine, le chasuble ample de la nouvelle religion qui va te sauver la vie.
Alors pourquoi Kéké Pento? Parce que lorsque tu vas te moquer, méchamment ou gentiment, du mec que tu trouves insupportable parce qu'il sort de sa golf -ou de l'équivalent moderne- avec sa casquette artistement déchirée, ses lunettes de soleil vintage, sa barbe taillée au laser, son bronzage, son chewing-gum, ses tongs, tu te seras peut-être moqué d'une âme perdue qui essaie un peu de faire en sorte, sans le savoir parfois c'est encore plus beau, que tout ne déborde pas et fuite...
D'ailleurs, comme je suis un saint, moi, je me moque pas, non, jamais, j'ai seulement parfois l'impression, la vision dans le cerveau, exactement, quand j'ai mal dormi surtout, que cette voiture est la couche supérieure d'un oignon, cette casquette une couche un peu inférieure, le pento, les vêtements, le manteau, la chaîne vaguement religieuse ou familiale une autre couche, la gourmette avec le nom, les poils comme grand papa, le scalp, le cerveau, les idées, les citations de Cioran, de Marx, de Kurt Cobain, le caleçon H. Landers: d'autres couches protectrices encore et que tu peux les enlever à l'infini.
L'infini? Quand tu as fini de peler l'oignon humain il n'y a plus rien que le vide, alors sois gentil avec Kéké Pento, comme toi, pardon, comme moi, ce n'est pas un très gros oignon.
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