A l'article de l'amour il est toujours un peu vulgaire, hélas, même celui qui a de la tenue en tout, celui qui en fait trop autant que celui qui n'en fait pas assez, alors, quand on parle d'amour il ne s'agit que de sortir des lieux communs. Attention : les sortir, les balancer et non pas en sortir.
L'amour, analyse du mot délavé, un peu de rationnel, découpe, liste au moins de quelques ingrédients, s'y superposent, se collent, se pèguent tellement de choses: sexualité, nature, procréation, les plantes, vie commune, solitude, quotidien, complicité, défauts imbitables, connauds, rôle social, assurance, sourire, dents refaites, peur de la mort, vacances, idéal, retour aux origines, envie de mordre, de tuer, pourquoi pas, frustration, sûrement frustrer, tendresse, quand même, gros bébé, altruisme, égoïsme, faire plaisir à, faire plaisir aussi à papamaman, faire chier papamaman, tiens, à ce propos, concilier l'idée que selon Freud mon copain ma copine vont ressembler à mon père, à ma mère, oh, c'est simplifié, que selon Schopenhauer, choppe le, ils vont être le plus possibles différents de moi, et du coup de là d'où je viens, pour que sorte de nous, notre union, un produit un peu meilleur un peu moins dégueulasse... être contre cette idée, ne pas en tenir compte et voir son corps l'appliquer, l'odeur qui excite, celle qui dégoûte, le dégoût qui excite et tellement d'autres choses : les propos les plus cyniques sont vrais, les chansons les plus niaises sont justes. L'envie de quitter le monde, parfois de récréer un monde, le monde déménage, monade nomade. Le moi, je le crois, est changeant et le nous, d'un point de vue mathématique le nous! Le nous, dugland! Je connais un couple qui n'a pas fait l'amour, (ou autre expression: utiliser le mot que la pudeur de chacun exige) pendant une semaine en ayant eu envie l'un de l'autre, chacun, trois fois par jour mais jamais en même temps. C'est exagéré mais... Le temps, le timing. Le temps qu'on accorde à l'autre quand il n'en a plus envie. Le temps qu'il nous accorde quand c'est trop tard, tôt, trop. La passion est une souffrance. Et la vie? Vie: organisation du chaos? Inutile de parler de ça. La fuite en avant. Les garçons, comment ça marche? Et la guerre? Les chansons niaises, deux fois. Lutte de peut-être que ça voudrait planter un couteau dans disons...un corps, un tison, tisonner, tisonner, les garçons. Lutte de peut-être que ça voudrait planter un couteau dans le coeur, aussi, pourquoi pas, un tison et tourner, retourner dans la plaie. Lutte de peut-être que... et ravaler, ravaler les sanglots, les glaires, les mots, les moqueurs qui ont démailloté les fils de mon mien pur laine pourri un à un, plus rien...Peut-être que les hommes voudraient que les femmes voient que, comme leur coeur, ils s'arrachent, se cassent pour qu'elles décident de partir avec eux. Peut-être que les femmes, tout pareil, en beaucoup plus violent, même et pourquoi? Peut-être que chacun ne veut que son confort. En tout cas, souvent, personne ne dit grand chose. Et M. Bovary il dit rien, il se tient, il aurait presque de la tenue, tiens, et il meurt d'amour lui aussi, romantique après tout.
Mais tout cela c'est pas grave car l'amour est au final un bon combattant, celui qui après des siècles de cliché de parlotes, de débordements, de silence, de contradictions, continue à battre. Bravo, le nain qui même quand il n'a pas de levier, soulèverait la terre. L'énergie due, tout est là. L'amour, l'énergie due.
lundi 4 avril 2011
lundi 31 janvier 2011
Tiques Chut (interlude 2)
Quelques aphorismes bien méchants, ça peut entretenir, ça peut faire partir le cancer du bide par le canal cholédoque... Il ne faut jamais oublier qu'Emil Cioran, qui disait n'avoir jamais voulu naître, est mort à quatre-vingt-quatre ans, et il lui restait beaucoup de cheveux.
Alors quand vous êtes énervés, une journée de société, inventez des aphorismes, je commence :
1L'orgueil minable de la sensibilité c'est qu'elle n'a même plus la capacité d'imaginer la sensibilité des autres.
2Apitoiement sur soi. Cynisme sur soi. Narcissisme.
3Le plus timide des étudiants qui découvre par hasard qu'Aristote a dit que le mélancolique et le génie développent la même pathologie se sent assez justifié pour devenir imbuvable.
4"Ce qui ne te détruit pas te rend plus fort", phrase un peu moins conne que "ce qui ne te tue pas te rend plus fort": on peut continuer à vivre pas mal de temps en étant complètement détruit.
5C'est fini, d'abord parce que je me calme assez vite, je suis vieux et sage, fatigué quoi (et qu'à trop en faire ne naît qu'un sentiment de honte) mais surtout parce que je pense à la phrase de Didier Deschamps: "...Les moeurs se dépravent, l'empire de la raison s'étend, le discours devient épigrammatique, ingénieux, laconique, sentencieux; les arts se corrompent par le raffinement."
Et puis avec l'aphorisme on a l'impression de reprendre le contrôle, on se rassure. C'est faux.
Alors quand vous êtes énervés, une journée de société, inventez des aphorismes, je commence :
1L'orgueil minable de la sensibilité c'est qu'elle n'a même plus la capacité d'imaginer la sensibilité des autres.
2Apitoiement sur soi. Cynisme sur soi. Narcissisme.
3Le plus timide des étudiants qui découvre par hasard qu'Aristote a dit que le mélancolique et le génie développent la même pathologie se sent assez justifié pour devenir imbuvable.
4"Ce qui ne te détruit pas te rend plus fort", phrase un peu moins conne que "ce qui ne te tue pas te rend plus fort": on peut continuer à vivre pas mal de temps en étant complètement détruit.
5C'est fini, d'abord parce que je me calme assez vite, je suis vieux et sage, fatigué quoi (et qu'à trop en faire ne naît qu'un sentiment de honte) mais surtout parce que je pense à la phrase de Didier Deschamps: "...Les moeurs se dépravent, l'empire de la raison s'étend, le discours devient épigrammatique, ingénieux, laconique, sentencieux; les arts se corrompent par le raffinement."
Et puis avec l'aphorisme on a l'impression de reprendre le contrôle, on se rassure. C'est faux.
mardi 11 janvier 2011
Tempstechnique Kenhobby
Oh un dessin! Un dessin de fille. Voilà maintenant y 'aura, pas toujours, des dessins, avec le texte. Ha, bon? Enfin, on verra... mais déjà il y 'en a un, maintenant, qui illustre Jean A. Table, c'était un essai, mais va voir... mais va voir, non de dieu! Attention. Attention à ce qu'on dit. Devant les gens, en plus.
1°Pourquoi dessin?
Parce que passe temps en classe, souvent : dessiner. De même qu'il arrive que passe temps, à la maison, passe nerf, pour les filles surtout, paraît-il, mais c'est pas sûr : journal intime.
Or chez le petit collégien en ennui et en apprentissage, dans mon souvenir en tout cas, il est plus facile de dessiner des filles que des garçons (et pour les collégiennes plus difficile de dessiner des garçons que des filles, évidemment. Justice).
Donc, hypothèse en fait: commencer à dessiner des filles pour un petit garçon, c'est commencer à acquérir une technique, à observer, au delà de son propre corps, le corps des autres, le corps des filles (dessinées par d'autres d'ailleurs mais on n'a pas dit qu'on pouvait ou voulait toujours observer sur chair; les nouvelles du monde on ne les a souvent que dans le journal).
En tout cas, parallèle, ce qui compte, si on décide de le produire, c'est le moment où par la technique, l'observation, le journal intime dépasse l'intimité de celui qui le produit et devient autre chose. (Quand enfin le diariste ose ajouter un h à son oeuvre.)
Mais merde j'ai répondu à la question "pourquoi dessin de fille" au lieu de "pourquoi dessin".
2° Pourquoi dessin de fille?
Il paraît que c'est insupportable, l'écriture, parce que le langage est un matériau usé par l'usage, quotidiennement, et que l'écrivain il n'a pas de chance, alors, puisqu'il se retrouve avec un matériau tout pauvre, fracassé par tout le monde et qu'on n'arrive même pas à savoir s'il l'utilise bien ou mal...
Acceptons ce postulat, couillon, et ajoutons qu'il semble impossible de sortir de cet état de fait puisque tout le monde cause, et se commet pire encore, avec internet, en plus, mais faisons tout pour baiser les autres arts : il faut que tous les jours tout le monde dessine, tout le monde fasse de la musique (pour architecture c'est un peu plus compliqué mais tant pis, de toute façon les nouvelles maisons sont souvent laides) et qu'on use à mort tous les langages, usons-les!ahahah! et tout le monde sera à égalité. Des dessins, des dessins!
Injustice pour tous.
Mais merde j'ai répondu à la question "pourquoi dessin".
Conclusion: c'est dans le chapeau.
Non, c'est pas vrai, la conclusion c'est le temps qu'on est prêt à donner à quelque chose mais ça, moi, j'ai l'impression que je ne peux pas répondre en même temps que je m'y consacre, c'est aux autres à la fin de faire le décompte et l'inscrire sur la pierre. Non, c'est pas vrai! la conclusion est dans le titre.
C'est pas ça. Le chapeau est mort de rire.
lundi 27 décembre 2010
John et Teddy Colère, vieilles caraques.
Pendant les fêtes nous nous croisons, c'est presque la famille. On s'évite, naturellement, mais il faut bien qu'on se croise... C'est difficile de se tenir.
Je craque le premier, je lui crache au visage. Il ne réagit pas. Alors je me mets à hurler qu'il ne vaut pas la moitié de ce crachat qui dégouline sur lui. Alors il me répond qu'il doit encore moins valoir cette salive que j'use à lui parler. Et que par conséquent je suis un sombre crétin à la dépenser ainsi.
Je me tais et un grand sentiment de honte m'envahit, parce que je me suis tu. Il sourit, je recrache, c'est plus fort que lui, il m'en colle une, on se bat. Pas longtemps, après quarante ans on a très mal assez vite.
Que se reproche-t-on?
Je ne sais pas. Il a suivi toutes les modes, il a tout le temps eu un succès phénoménal, je suis resté moi même, j'ai un succès suffisant, c'est tout. Je n'ai trahi personne. Il me dit que ça n'a rien à voir, qu'il est malgré ça resté le même et que ce n'est pas parce que je suis resté le même que je suis resté moi même. Que je le sais.
C'est noël, on boit une autre bière et on bave un peu parce qu'on s'est pété les lèvres et qu'effectivement malgré tout on est vieux.
Je craque le premier, je lui crache au visage. Il ne réagit pas. Alors je me mets à hurler qu'il ne vaut pas la moitié de ce crachat qui dégouline sur lui. Alors il me répond qu'il doit encore moins valoir cette salive que j'use à lui parler. Et que par conséquent je suis un sombre crétin à la dépenser ainsi.
Je me tais et un grand sentiment de honte m'envahit, parce que je me suis tu. Il sourit, je recrache, c'est plus fort que lui, il m'en colle une, on se bat. Pas longtemps, après quarante ans on a très mal assez vite.
Que se reproche-t-on?
Je ne sais pas. Il a suivi toutes les modes, il a tout le temps eu un succès phénoménal, je suis resté moi même, j'ai un succès suffisant, c'est tout. Je n'ai trahi personne. Il me dit que ça n'a rien à voir, qu'il est malgré ça resté le même et que ce n'est pas parce que je suis resté le même que je suis resté moi même. Que je le sais.
C'est noël, on boit une autre bière et on bave un peu parce qu'on s'est pété les lèvres et qu'effectivement malgré tout on est vieux.
mardi 7 décembre 2010
Kéké Pento (titre putassier pour attirer du gens)
"J'ai mal au dos, je me sens vieux, je me sens moche, en plus, regarde, j'ai de la brioche."
Regardez mes yeux morts, regardez mes varices, je n'arrive même plus à articuler une phrase, je n'arrive plus à dormir, ni aller au boulot, ma femelle est partie, mon homme s'est fait la malle et comme quand j'étais petit j'étais sensible à mort, je souffre au delà de ce que veut la raison : à petite dépression, grande exposition.
Technique Pierre et le Loup.
Pourtant y a une possibilité autre que le bruelien, "alors regarde, regarde un peu": il y a la mise en scène. Celle qui fait que lorsque M. M était au plus mal dans sa vie, et parce qu'il n'avait pas non plus touché le fond, il allait chez le coiffeur, mettait des chemises élégantes, achetait des jeans à la mode et choisissait les shoes les plus classes - dans ses prix. La mise en scène, ce n'est plus la technique du "je vous demande de regarder comme je vais mal avant que vous ne voyiez que je vais mal" c'est la technique du, "non, pourquoi?" Technique parfois tapageusement discrète, c'est ce que M.F. , je cite en trafiquant les initiales, appelait l'exosquelette: tu n'a plus de structure interne tellement la vie t'a..., pardon tellement tu as mal encaissé ta vie, petite fiotte, alors tu trouves des structures externes. "Tu n'as pas le menton bien dessiné? ajoutait-il, laisse toi pousser la barbe."
De la chemise donc soigneusement repassée comme début de port de l'uniforme, celui qui te cache et te solidifie, t'entérine, le chasuble ample de la nouvelle religion qui va te sauver la vie.
Alors pourquoi Kéké Pento? Parce que lorsque tu vas te moquer, méchamment ou gentiment, du mec que tu trouves insupportable parce qu'il sort de sa golf -ou de l'équivalent moderne- avec sa casquette artistement déchirée, ses lunettes de soleil vintage, sa barbe taillée au laser, son bronzage, son chewing-gum, ses tongs, tu te seras peut-être moqué d'une âme perdue qui essaie un peu de faire en sorte, sans le savoir parfois c'est encore plus beau, que tout ne déborde pas et fuite...
D'ailleurs, comme je suis un saint, moi, je me moque pas, non, jamais, j'ai seulement parfois l'impression, la vision dans le cerveau, exactement, quand j'ai mal dormi surtout, que cette voiture est la couche supérieure d'un oignon, cette casquette une couche un peu inférieure, le pento, les vêtements, le manteau, la chaîne vaguement religieuse ou familiale une autre couche, la gourmette avec le nom, les poils comme grand papa, le scalp, le cerveau, les idées, les citations de Cioran, de Marx, de Kurt Cobain, le caleçon H. Landers: d'autres couches protectrices encore et que tu peux les enlever à l'infini.
L'infini? Quand tu as fini de peler l'oignon humain il n'y a plus rien que le vide, alors sois gentil avec Kéké Pento, comme toi, pardon, comme moi, ce n'est pas un très gros oignon.
Regardez mes yeux morts, regardez mes varices, je n'arrive même plus à articuler une phrase, je n'arrive plus à dormir, ni aller au boulot, ma femelle est partie, mon homme s'est fait la malle et comme quand j'étais petit j'étais sensible à mort, je souffre au delà de ce que veut la raison : à petite dépression, grande exposition.
Technique Pierre et le Loup.
Pourtant y a une possibilité autre que le bruelien, "alors regarde, regarde un peu": il y a la mise en scène. Celle qui fait que lorsque M. M était au plus mal dans sa vie, et parce qu'il n'avait pas non plus touché le fond, il allait chez le coiffeur, mettait des chemises élégantes, achetait des jeans à la mode et choisissait les shoes les plus classes - dans ses prix. La mise en scène, ce n'est plus la technique du "je vous demande de regarder comme je vais mal avant que vous ne voyiez que je vais mal" c'est la technique du, "non, pourquoi?" Technique parfois tapageusement discrète, c'est ce que M.F. , je cite en trafiquant les initiales, appelait l'exosquelette: tu n'a plus de structure interne tellement la vie t'a..., pardon tellement tu as mal encaissé ta vie, petite fiotte, alors tu trouves des structures externes. "Tu n'as pas le menton bien dessiné? ajoutait-il, laisse toi pousser la barbe."
De la chemise donc soigneusement repassée comme début de port de l'uniforme, celui qui te cache et te solidifie, t'entérine, le chasuble ample de la nouvelle religion qui va te sauver la vie.
Alors pourquoi Kéké Pento? Parce que lorsque tu vas te moquer, méchamment ou gentiment, du mec que tu trouves insupportable parce qu'il sort de sa golf -ou de l'équivalent moderne- avec sa casquette artistement déchirée, ses lunettes de soleil vintage, sa barbe taillée au laser, son bronzage, son chewing-gum, ses tongs, tu te seras peut-être moqué d'une âme perdue qui essaie un peu de faire en sorte, sans le savoir parfois c'est encore plus beau, que tout ne déborde pas et fuite...
D'ailleurs, comme je suis un saint, moi, je me moque pas, non, jamais, j'ai seulement parfois l'impression, la vision dans le cerveau, exactement, quand j'ai mal dormi surtout, que cette voiture est la couche supérieure d'un oignon, cette casquette une couche un peu inférieure, le pento, les vêtements, le manteau, la chaîne vaguement religieuse ou familiale une autre couche, la gourmette avec le nom, les poils comme grand papa, le scalp, le cerveau, les idées, les citations de Cioran, de Marx, de Kurt Cobain, le caleçon H. Landers: d'autres couches protectrices encore et que tu peux les enlever à l'infini.
L'infini? Quand tu as fini de peler l'oignon humain il n'y a plus rien que le vide, alors sois gentil avec Kéké Pento, comme toi, pardon, comme moi, ce n'est pas un très gros oignon.
lundi 29 novembre 2010
Recette (interlude)
Pour faire un quatrain sans forcer...
1° Inventer une sentence:
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère détruit.
2° Changer un mot trois fois.
... et la colère libère... et la colère s'enfuit...et la colère ennuie...
3° Ajouter
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère détruit.
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère libère
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère s'enfuit
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère ennuie.
Facile, peut-être un peu lourd.
Allégeons:
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère détruit
Et la colère libère
Et la colère s'enfuit
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère... et la colère ennuie.
Mais, baste, le véritable avantage est ailleurs: ce que vous avez écrit annonce votre futur car la sentence faussement morale reflète un état d'âme que vous n'osez pas affronter, qui affleure et qui ne va pas tarder à sortir -à votre insu- et le fait de varier multiplie les possibles, et multiplie par quatre les chances que cet "état de l'âme" s'incarne dans un geste du quotidien à venir.
Moralité: la broderie la plus simple, la plus mécanique peut devenir de la peinture sur soi(e) sur laquelle on peut lire l'avenir.
1° Inventer une sentence:
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère détruit.
2° Changer un mot trois fois.
... et la colère libère... et la colère s'enfuit...et la colère ennuie...
3° Ajouter
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère détruit.
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère libère
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère s'enfuit
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère ennuie.
Facile, peut-être un peu lourd.
Allégeons:
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère et la colère détruit
Et la colère libère
Et la colère s'enfuit
L'inquiétude et la tristesse se transforment en colère... et la colère ennuie.
Mais, baste, le véritable avantage est ailleurs: ce que vous avez écrit annonce votre futur car la sentence faussement morale reflète un état d'âme que vous n'osez pas affronter, qui affleure et qui ne va pas tarder à sortir -à votre insu- et le fait de varier multiplie les possibles, et multiplie par quatre les chances que cet "état de l'âme" s'incarne dans un geste du quotidien à venir.
Moralité: la broderie la plus simple, la plus mécanique peut devenir de la peinture sur soi(e) sur laquelle on peut lire l'avenir.
jeudi 25 novembre 2010
Hagiographie Marcelle (dans les veines de, coule l'amour du soldat.)
J'essaie pour la quinzième fois de lire en entier A la Recherche du Temps Perdu par M. Marcel Proust.
Pour la première fois à l'admiration fatigante et sincère s'ajoute du plaisir sans arrière pensée et c'est peut-être tout simplement parce que j'ai accepté d'y aller mollo, c'est-à-dire de relire trois fois la même page s'il le faut ou -surtout-de la sauter en m'en foutant. Mon plaisir à cette lecture c'est, textuellement, des petites pastilles qui pètent dans mon cerveau au détour de certaines phrases et qui me font dire parfois avec gravité, "putain comme il est fort ce con à dire ce que parfois je ne suis même pas certain de ressentir." Y aller mollo, oui, donc, avec des sous entendus graveleux et aucune distinction.
A part ça la seule chose à dire que j'ai à dire sur Marcel Proust c'est que je trouve qu'il est un garçon éminemment sympathique ( même si, je me l'accorde, il peut être un peu chiant, avec son côté bien élevé... et le point de la fin du chapitre tombe parfaitement et ça va bien avec les fleurs blanches que trucmuche... qu'importe il est avant tout sympathique) et ça change d'autres, je pense au grand épouvantail insortable que j'aime encore beaucoup malgré tout, M. Celine, ce gentil garçon au sourire si doux, évidemment.
De mon point de vue débile, de mon faible point de vue, la distinction homme/oeuvre n'est même pas très intéressante: je suis là pour dire que Marcel est sympathique et je m'appuie sur deux choses qui me reviennent en mémoire.
La première est le témoignage télévisuel de Céleste Albaret (sa dame de compagnie, au sens le plus chevaleresque du terme, ne dénotons pas). Ce témoignage, je ne ferai que le citer: je n'ai rien à en dire, je l'ai pas vu depuis dix ans, je ne m'en souviens presque même plus, mais il faut vraiment que mon putatif lecteur et demi aille le (re)voir sur youtube - c'est disponible, dans le désordre on dirait, c'est mal foutu, j'ai vérifié- pour être ému un peu s'il n'est pas trop insensible ou ricaner s'il est trop sensible, c'est une bonne technique de sensible, le ricanement.
La deuxième c'est une photo que je ne retrouve pas sur internet mais que j'ai dû voir chez ma mère : Marcel est sur un avion au sol avec son chauffeur, il est amoureux de lui, il paraît, et on dirait, il porte une immense fourrure et il prend l'air sérieux mais on sent qu'il est content, il a offert cet avion, ou un autre, à son chauffeur qui à l'air heureux lui aussi et Marcel Proust a l'air à la fois mignon et mac, ce qui est toujours difficile, surtout quand on a un corps fragile. Corto Maltese en serait presque fade à côté d'eux et ça, ça n'est pas rien. (Il faut d'ailleurs bien en profiter car Alfred, son chauffeur et ou son amant, va bientôt mourir en avion, c'est pas vraiment de chance.)
Voilà.
Deux précisions finales mesquines:
_ à ceux qui disent que Marcel est mondain je réponds qu'ils ont raison mais que j'ai sur les genoux un cube de deux kilos cinq qui est A la Recherche du Temps Perdu et qui est écrit tout petit et qu'il y a tout le reste de ses écrits qui doit peser autant et que je pense que tous les ermites du monde doivent faire des petits sauts de cabri dans leur tombe en rigolant (ils savent d'expérience qu'un véritable ermite, il peut avant d'en revenir avoir une vie un peu vivante)
_ à ceux qui ragotent, et ils ont raison, par exemple que pour parvenir à être un peu excité sexuellement, il fallait qu'on transperce des rats avec des aiguilles sous ses yeux, je réponds que c'est pas prouvé et que même si ça l'est c'est pas vraiment très grave ni très méchant et que de toute façon il porte bien la fourrure, alors...
Au fond il est sympathique parce que se dégage de lui une terrible douceur.
"De le douceur, de la douceur, de la douceur", ça c'est Verlaine, l'alcoolique qui tirait ses potes, se tirait avec ses potes, tirait sur ses potes mais avant ça prenait le temps de mettre une torgnole à sa femme et de jeter son fils, bébé, de toutes ses forces éthyliques contre le mur.
Personne n'est parfait. D'ailleurs je ne suis pas sûr de finir le gros pavé.
Pour la première fois à l'admiration fatigante et sincère s'ajoute du plaisir sans arrière pensée et c'est peut-être tout simplement parce que j'ai accepté d'y aller mollo, c'est-à-dire de relire trois fois la même page s'il le faut ou -surtout-de la sauter en m'en foutant. Mon plaisir à cette lecture c'est, textuellement, des petites pastilles qui pètent dans mon cerveau au détour de certaines phrases et qui me font dire parfois avec gravité, "putain comme il est fort ce con à dire ce que parfois je ne suis même pas certain de ressentir." Y aller mollo, oui, donc, avec des sous entendus graveleux et aucune distinction.
A part ça la seule chose à dire que j'ai à dire sur Marcel Proust c'est que je trouve qu'il est un garçon éminemment sympathique ( même si, je me l'accorde, il peut être un peu chiant, avec son côté bien élevé... et le point de la fin du chapitre tombe parfaitement et ça va bien avec les fleurs blanches que trucmuche... qu'importe il est avant tout sympathique) et ça change d'autres, je pense au grand épouvantail insortable que j'aime encore beaucoup malgré tout, M. Celine, ce gentil garçon au sourire si doux, évidemment.
De mon point de vue débile, de mon faible point de vue, la distinction homme/oeuvre n'est même pas très intéressante: je suis là pour dire que Marcel est sympathique et je m'appuie sur deux choses qui me reviennent en mémoire.
La première est le témoignage télévisuel de Céleste Albaret (sa dame de compagnie, au sens le plus chevaleresque du terme, ne dénotons pas). Ce témoignage, je ne ferai que le citer: je n'ai rien à en dire, je l'ai pas vu depuis dix ans, je ne m'en souviens presque même plus, mais il faut vraiment que mon putatif lecteur et demi aille le (re)voir sur youtube - c'est disponible, dans le désordre on dirait, c'est mal foutu, j'ai vérifié- pour être ému un peu s'il n'est pas trop insensible ou ricaner s'il est trop sensible, c'est une bonne technique de sensible, le ricanement.
La deuxième c'est une photo que je ne retrouve pas sur internet mais que j'ai dû voir chez ma mère : Marcel est sur un avion au sol avec son chauffeur, il est amoureux de lui, il paraît, et on dirait, il porte une immense fourrure et il prend l'air sérieux mais on sent qu'il est content, il a offert cet avion, ou un autre, à son chauffeur qui à l'air heureux lui aussi et Marcel Proust a l'air à la fois mignon et mac, ce qui est toujours difficile, surtout quand on a un corps fragile. Corto Maltese en serait presque fade à côté d'eux et ça, ça n'est pas rien. (Il faut d'ailleurs bien en profiter car Alfred, son chauffeur et ou son amant, va bientôt mourir en avion, c'est pas vraiment de chance.)
Voilà.
Deux précisions finales mesquines:
_ à ceux qui disent que Marcel est mondain je réponds qu'ils ont raison mais que j'ai sur les genoux un cube de deux kilos cinq qui est A la Recherche du Temps Perdu et qui est écrit tout petit et qu'il y a tout le reste de ses écrits qui doit peser autant et que je pense que tous les ermites du monde doivent faire des petits sauts de cabri dans leur tombe en rigolant (ils savent d'expérience qu'un véritable ermite, il peut avant d'en revenir avoir une vie un peu vivante)
_ à ceux qui ragotent, et ils ont raison, par exemple que pour parvenir à être un peu excité sexuellement, il fallait qu'on transperce des rats avec des aiguilles sous ses yeux, je réponds que c'est pas prouvé et que même si ça l'est c'est pas vraiment très grave ni très méchant et que de toute façon il porte bien la fourrure, alors...
Au fond il est sympathique parce que se dégage de lui une terrible douceur.
"De le douceur, de la douceur, de la douceur", ça c'est Verlaine, l'alcoolique qui tirait ses potes, se tirait avec ses potes, tirait sur ses potes mais avant ça prenait le temps de mettre une torgnole à sa femme et de jeter son fils, bébé, de toutes ses forces éthyliques contre le mur.
Personne n'est parfait. D'ailleurs je ne suis pas sûr de finir le gros pavé.
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